17 décembre...19...ou la petite fille de l'hiver...

Publié le par Tarrah

Le clos des châtaigniers.

Je ne me souviens que vaguement du déménagement, seulement qu’il faisait très beau, et qu’on m’avait mise chez une voisine.

Ils avaient fait des HLM, sauf qu’ ils avaient oublié d’y mettre le chauffage, sans doute que ce n’était pas encore inventé, dans les immeubles. Nous avions donc, dans la cuisine, qui était petite malgré tout, une cuisinière en fonte...maintenant que j’y pense, ils avaient dû en baver, ceux qui avaient monté l’engin au troisième étage.

C’était le seul point chaud de la maison, l’hiver. Toutes les semaines le père S, venait nous livrer le sac de charbon, c’était un gros bonhomme tout noir de suie, mais très gentil, car bien sûr, il faisait aussi crédit sans agios.

Quand il faisait très froid, l’hiver et que les carreaux étaient couverts de givre dans les chambres, on restait un maximum de temps auprès de la cuisinière, et maman nous racontait, des histoires de « quand elle était petite » et nous, on adorait ça. Ou bien, elle chantait, ma grande sœur chantait elle aussi très bien, je me souviens d’une chanson, qu’elle aimait particulièrement, « Mademoiselle de Paris »http://youtu.be/GAX4aEjGpcs Maman elle, s’était plus Luis Mariano ou Edith Piaf, j’aimais bien celle de Mariano, « l’amour est un bouquet de violettes » Elle avait vu le film, une des rares fois où mon père l’avait emmené au cinéma, des fois, il avait l’âme charitable, sans doute.

Maman et ma sœur avaient une très belle voix,  ensuite j’y pris aussi ma part.

Voilà comment ce composaient nos soirées à la fin des années cinquante. Ensuite, maman disait...

- les gamines au lit, demain y a de l’école !

Alors on allait mes deux petites sœurs et moi, se glisser dans le grand lit de la chambre rose, maman nous mettait une brique enveloppée dans du journal, heureusement que nous avions des petits pieds, ça en faisait six qui voulaient la brique...et on s’endormait bien au chaud, mais avec nos chaussettes.

Entre temps, mon père, venait de moins en moins souvent, c’était devenu une fois par mois, à la place d’une fois par semaine. Alors il nous envoyait des cartes postales, de divers coins de France, j’en ai trois ou quatre en ma possession...c’était très succinct...par exemple, bisous de Tour...soit il mettait, mandat suit ou lettre suit...sauf ...que rien ne suivait...

A cette époque, pour toucher les allocs, il fallait un papier du patron, justifiant d’un nombre d’heures travaillées...ce putain de papier...qu’est que j’ai souvent entendu maman râler après mon père, qui avait toujours de bonnes excuses et oubliait de l’envoyer. Faut dire qu’il changeait souvent de patrons ! Maman leur téléphonait pour réclamer le papier, et s’entendait très souvent répondre...

 -Ha Monsieur X ? Mais il nous a quitté depuis une bonne quinzaine...Il pensait à nous quand il nous voyait...le chien !

Heureusement que, comme beaucoup de familles de l’époque d’après-guerre, les épiciers, le boulanger nous faisaient crédit...pas le boucher, ça, on ne mangeait de la viande que très très rarement, c’était plus souvent, une soupe à l’oignon, ou du riz au lait...des fois du jambon, l’été, maman faisait cailler le lait et ça nous faisait du bon fromage blanc...faut dire que le lait n’était pas en brique, j’allais avec le pot au lait, le chercher dans le bistrot de la mère B, où nous habitions avant le déménagement. Maman a toujours était fidèle aux commerçants compréhensifs envers nous, si bien que pour faire les deux trois courses, on faisait le tour de la ville...

Carte venant d'Alsace...il partait pour Metz...25 septembre, 1957.

 

 

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petite foumi 02/04/2016 13:49

heureuse d'avoir réussi à te lire ,j'ai connu le froid et la brique et la glace sur les carreaux et la viande rare mais pas seulement la viande il me reste des traces de rachitisme de cette enfance !mon père et ma mère ont divorcé quand j'avais 14 mois On s'est retrouvé ma mère et moi chez ma grand mère qui était veuve depuis un an qui avait une fille (ma tante )âgée de 9 ans ,à 4 dans 2 pieces sans chauffage sans toilettes avec un robinet sur le pallier et le seau hygiénique !Combien de fois j'ai entendu ma grand mère dire à ma mère de me foutre en pension et de dégager
j'étais et je suis restée "la mal aimée "les blessures de l'enfance sont indélébiles

Christine D 01/04/2016 16:20

Sympa! Finalement, vous étiez heureuses quand même!!!
Te souviens tu du lait en berlingot ? Au sortir de la piscine avec mon frère et ma sœur, on achetait un pain et un berlingot de lait d'1 litre et nous mangions cela en rejoignant le bus, peut-être entre 1956 et 1958 ?

Julie 31/03/2016 11:44

L'immeuble n'avait pas de chauffage ? Un immeuble tout neuf ? Mon mari est arrivé fin des années 50 dans un HLM tout neuf, chauffé par le sol (bonjour le mal de jambes). Leur vieille cuisinière en fonte a été mise dans la cave et a resservi 15 ans après dans une maison non chauffée. Comme quoi, ça servait de ne rien jeter.
Vous dormiez à 3 dans le même lit ? 6 petons à vous battre pour la brique.
Tu sais, qu'actuellement, je mets une bouillote dans mon lit, étant très frileuse des pieds. Et, comme je ne peux plus les mettre sur le ventre du mari, je me débrouille.
Comme tu dis, nous avons beaucoup de points en commun (bon, ni le père, ni la mère), mais le manque d'argent, oui, car mon père, n'ayant qu'un rein (d'où sa mort, l'autre rein étant touché) a fait plusieurs séjours dans les hôpitaux. Nous-aussi, l'épicier, le boulanger n'étaient payés qu'au mois. Et, bien-sûr, à la fin du mois, avant de toucher les allocs, qui on envoyait acheter un truc ? Les enfants. Oh, la honte ! Mon mari m'a raconté que chez lui aussi, ça se passait comme ça. Le pauvre a aussi bien dégusté. Il m'en a aussi raconté des belles. Chez lui, le manque d'argent était encore plus flagrant que chez nous, qui avions des vaches, des volailles, des patates, un ou 2 cochons, qui n'avons jamais eu faim... Lui me racontait qu'à l'âge de 8-9 ans, il coupait du bois pour se chauffer, son père étant à l'hôpital pour se faire....heu....Il m'a raconté qu'à un Noël, il était parti seul avec sa sœur dans les bois couper une branche de sapin pour fêter Noël. Je pourrais raconter la vie du petit vendeur jeune.

heure-bleue 30/03/2016 20:01

Tu n'as pas du rire tous les jours.

angedra 30/03/2016 17:20

Certains ne devraient pas avoir le droit au titre de parent... mais la vie t'a donné de jolis souvenirs entre ta maman et tes soeurs.
Bises

Fabie 30/03/2016 14:38

Il y a différentes manières de ne pas être un vrai père... !!!
Grrrrrrrrrrr!

ZAZA 30/03/2016 14:19

Un papa souvent absent ma Jo, et pas très stable ! Bises et bon mercredi